Où commence l’infidélité ?

Le dessin d'un petit coeur qui fait des infidelités

Dans le tumulte des relations amoureuses, la notion de fidélité est une notion complexe. Selon la définition du Larousse, la fidélité implique une exclusivité amoureuse et le respect des engagements pris envers la personne aimée.

Une étude menée conjointement par Gleeden et Yougov a montré que c’est dans les pays où la satisfaction relationnelle et sexuelle au sein des couples est la plus faible que l’infidélité est la plus forte. Inversement, quand la situation relationnelle et sexuelle est satisfaisante, les expériences sexuelles extraconjugales sont les plus rares.

Mais qu’est-ce exactement que l’infidélité ? Où commence-t-elle ? Est-elle uniquement dans le fait d’avoir une relation sexuelle à l’extérieur du couple ? Ou bien est-elle déjà dans des gestes « tendres » pouvant prêter à confusion ? Ou même dans le simple fait de fantasmer un rapport avec un ou une autre partenaire ? Dans le fait d’avoir simplement des sentiments inavoués ou de flirter avec quelqu’un d’autre ?

Dans cet article, nous nous intéressons à toutes ces nuances de l’infidélité.

Sommaire

1. L’infidélité fantasmée

« Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle ». Ainsi parla Jésus de Nazareth (Évangile selon saint Matthieu 5, 27-32).

Alors, l’infidélité commence-t-elle dans la tête ? Est-on infidèle dès le moment où l’on fantasme sur une autre personne que son/sa conjoint(e) ? Faire l’amour avec son/sa partenaire en pensant à un(e) autre, est-ce de l’infidélité ? Ou bien le fait de fantasmer mais sans jamais aller plus loin, en respectant le principe d’exclusivité sexuelle, est-ce cela, être fidèle ?

Après tout, on pourrait dire que l’on ne juge que sur les actes. Et qu’un partenaire qui, malgré ses fantasmes passagers vers d’autres personnes, respecte toujours l’obligation d’exclusivité sexuelle, est plus valeureux encore qu’un partenaire qui ne fantasme jamais sur d’autres et pour qui être fidèle ne représente aucune difficulté.

2. L’infidélité émotionnelle

L'infidélité est souvent associée à des actes physiques, à des rapports sexuels extraconjugaux. Mais, au-delà même des simples fantasmes, des liens émotionnels profonds peuvent naître avec une autre personne en dehors du couple. C’est ce qu’on appelle « l’infidélité émotionnelle ».

On peut être en couple, n’avoir de rapport sexuel qu’avec son conjoint, mais sentir son cœur battre pour quelqu’un d’autre. Impossible donc de se rassurer en se disant « ce n’est que du sexe ». Non, c’est autre chose, c’est plus profond, c’est passionnel et ça engage davantage. On veut être en présence de l’autre, partager avec cet(te) autre une complicité que l’on n’a pas ou plus avec son/sa conjoint(e).

En 2015, une étude réalisée par l’Université Chapman aux Etats-Unis, montrait que les hommes trouvent l’infidélité sexuelle de leur partenaire plus grave, et qu’à l’inverse, les femmes tolèrent mieux l’infidélité sexuelle que l’infidélité émotionnelle de leur partenaire.

Pour plus de détail sur l’infidélité émotionnelle, rendez-vous sur cet article (que je suis en train de fignoler).

3. L’infidélité du clavier

Avec la montée en puissance des réseaux sociaux et des applications de rencontres, une nouvelle forme d’infidélité a vu le jour. Des conversations en ligne apparemment innocentes peuvent parfois évoluer vers des échanges plus intimes, suscitant des questions sur la fidélité émotionnelle à travers l'écran.

Si l’on considère que fantasmer et nourrir une proximité émotionnelle avec quelqu’un d’autre sont une forme d’infidélité, alors une relation, même purement virtuelle, avec quelqu’un d’autre, n’est-elle pas aussi une forme d’infidélité ?  D’autant plus lorsque cette conversation en ligne se teinte de désir par l’envoi réciproque de sextos ?

4. Flirter avec l’infidélité

Flirter avec quelqu’un d’autre, est-ce tromper ? Certains diront qu’un flirt passager n’est rien. On flirte parfois simplement pour vérifier notre pouvoir de séduction, mais sans aucune intention d’aller plus loin. Il n’y a alors ni infidélité émotionnelle, ni infidélité sexuelle. On reste entièrement fidèle à son partenaire.

Mais du flirt au désir et au sentiment, il n’y a parfois qu’un pas qui fait tout basculer.

5. « Sucer, c’est tromper ? » (Thierry Ardisson)

La fameuse tirade de Thierry Ardisson sur le sujet témoigne d’une manière de voir de certains hommes qui considèrent que si l’on reste passif, comme dans le cas où l’on « reçoit » une fellation, alors on ne trompe pas.

Évidemment, de l’autre côté on considère que tout passage à l’acte, que ce soit un baiser ou n’importe quel acte sexuel, constitue une infidélité caractérisée.

6. L’Union intellectuelle

Prenons pour exemple la relation emblématique entre le philosophe Jean-Paul Sartre et la romancière Simone de Beauvoir. L’un et l’autre se rencontrent tout jeunes dans les amphithéâtres de la Sorbonne, et entretiennent un amour et une complicité intellectuelle et créatrice pendant 50 ans.

Cependant, grande figure du féminisme et de la libération de la femme, Simone de Beauvoir refuse le mariage, défend une vision du couple libre. Sartre et de Beauvoir ont chacun des aventures en dehors de leur couple, et ne se cachent rien. Simone de Beauvoir a ainsi vécu plusieurs relations homosexuelles, ainsi qu’une relation passionnée avec l'écrivain américain Nelson Algren pendant 15 ans.

Mais de leur point de vue, malgré ces aventures émotionnelles et sexuelles hors de leur couple, ils ne furent pour autant jamais infidèles. Ils étaient liés de manière bien plus profonde et durable. Comme le dit Sartre lui-même, "Sartre ne peut se concevoir sans Beauvoir, ni Beauvoir sans Sartre".

7. L’infidélité commence là où on le décide

Cet exemple montre une chose importante, qui est que chaque couple définit ses propres contours. La fidélité est une valeur, mais tout le monde n’en a pas la même définition. Il n’y a donc pas une définition de l’infidélité. L’infidélité commence là où on le décide. Bien sûr, cela exige en amont que l’on se concerte, que l’on communique avec son partenaire sur ce qui est tolérable et sur ce qui ne l’est pas.

Tout l’enjeu est que la relation de confiance ne soit jamais brisée. Car la fidélité est avant tout une affaire de confiance. On veut se sentir unique aux yeux de l’autre. C’est quand le doute s’installe et que l’on se sent trahi(e) que la relation s’effrite.

8. L’infidélité et le secret

Shirley Glass, psychologue américaine spécialiste de l’infidélité, considère que la question n’est pas tant de savoir si le degré de l'acte caractérise ou non l'infidélité. Ce qui la définit, c'est le secret : si je cache cet acte à mon partenaire car je sais qu'il ne l'aurait pas approuvé, alors c'est une infidélité. Au contraire, si au sein d'une communication préalable, un accord vis-à-vis des relations extra conjugales avait été établi, alors cet acte serait resté dans le cadre de la fidélité telle qu'elle est définit au sein de mon couple.

9. L’infidélité et la culpabilité.

L'infidélité peut faire naître un sentiment de culpabilité. Mais cette culpabilité ne correspond pas toujours à la gravité réelle de l'acte. La culpabilité est un sentiment subjectif, et nous avons notre propre « échelle de la culpabilité ». Certaines personnes se sentent très coupables même pour des choses très anodines, tandis que d'autres ont tendance à minimiser l’importance de leurs actes.

Mais une question peut être intéressante :

Une infidélité dont on se sent très coupable est-elle plus grave ou moins grave qu'une infidélité perçue comme moins importante ?

D’un côté, culpabiliser pour une infidélité ne la répare pas, ne la rend pas non plus moins grave. Ce n’est pas parce qu’on s’en veut personnellement que notre partenaire va nous la pardonner.

D’un autre côté, le fait de ressentir une culpabilité plus forte peut être le signe que cette infidélité a un sens plus profond. Peut-être que cette culpabilité cache en fait le caractère révélateur de l’infidélité commise, comme si notre infidélité nous renvoyait ce que l’on ne veut pas voir : qu’on ne désire ou n’aime plus notre partenaire, qu’on ne se sent plus à sa place dans son couple et qu’on désire ou qu’on aime ailleurs. Cette vérité est parfois difficile à regarder en face, et la culpabilité est alors un moyen de s’en protéger.

Conclusion

En conclusion, l’infidélité est une question de nuances.

L’une des questions les plus anciennes est de savoir si ne serait-ce que nos pensées intimes peuvent être considérées comme une trahison. L'infidélité émotionnelle met en lumière la possibilité de liens intenses en dehors du couple, sans forcément impliquer des relations sensuelles ou sexuelles. Le flirt, les actes physiques éphémères en viennent même pour certains à désigner des formes d’infidélités moins graves que l’infidélité émotionnelle qui elle est plus profonde et plus durable.

Dans cet article, nous avons tenu à insister sur trois idées. D’abord, l’infidélité commence là où on le décide. Car dans un couple, tout est affaire de communication, de confiance et de contrat tacite, de règles au moyen desquelles on maintient ou non cette confiance. Ensuite, l’infidélité se caractérise peut-être moins par la nature des actes commis (échange de regards, échange de messages et de photos via les réseaux sociaux, flirt, jeu de séduction, baiser, sexe oral ou vaginal), que par l’immission du secret. Le secret est l’élément central de l’infidélité. Il caractérise un échange textuel, sensuel ou sexuel avec une autre personne que notre partenaire comme une infidélité, parce qu’il rompt le contrat de confiance qui fait le ciment de notre relation de couple.

En bref, chacun définit l’infidélité à sa manière. Tout l’enjeu semble être de poser d’emblée des contours clairs à sa relation, les règles à respecter. En ce sens, plus on communique, plus on entretient le lien de confiance qui est essentiel à la fidélité.

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